Circulaire du Comité Fédéral de la Fédération de France du FLN 10 octobre 1961

Cher frère,
reçu votre courrier du 7 octobre 1961.
Après étude de la situation créée par les nouvelles mesures répressives prises (couvre-feu, transferts en Algérie, exécutions sommaires de compatriotes) et après avoir pris connaissance de votre rapport du 7 octobre 1961, le comité fédéral a pris les décisions suivantes :
Les mesures énumérées doivent être combattues énergiquement par une action en trois phases :

1re phase

1. Les Algériens boycotteront le couvre-feu. À cet effet, et à compter du samedi 14 octobre 1961, ils devront sortir en compagnie de leurs femmes et de leurs enfants, en masse. Ils doivent circuler dans les grandes artères de Paris. Exemple : Champs-Elysées, boulevard Saint-Michel, Saint-Germain, Montmartre, etc.
2. Les commerçants ayant des établissements fixes doivent fermer durant 24 heures en signe de protestation contre le couvre-feu à caractère raciste qui est imposé à nos compatriotes cafetiers et restaurateurs. Cette fermeture aura lieu le lendemain du boycott massif, c’est-à-dire le dimanche 15 octobre 1961.
Observations :
a) Vous devez faire votre possible afin d’appliquer les points ci-dessus aux dates indiquées. Au cas où le temps matériel ne vous le permettrait pas, déclencher ces opérations au plus tard à partir du mardi 17 octobre 1961. L’action des commerçants devra toujours se faire le lendemain de l’action de boycott massif.
b) Les deux premiers jours du boycott avec participation de toute la colonie algérienne de Paris et sa banlieue (femmes, enfants, vieux, jeunes, hommes, etc.) doivent être spectaculaires. À partir du troisième jour, tous les hommes sortiront normalement comme par le passé comme si la mesure du couvre-feu n’existait pas.
c) Les cadres importants, permanents, recherchés doivent éviter toutes ces manifestations par mesure de sécurité.
3. Comme il est à prévoir des arrestations ou des internements, il convient de préparer les femmes à une manifestation avec les mots d’ordre suivants :
— A bas le couvre-feu raciste,
— Libération de nos époux et de nos enfants,
— Négocier avec le GPRA,
— Indépendance totale de l’Algérie, etc.
La manifestation aura lieu devant la préfecture de police le troisième ou le quatrième jour après le déclenchement du boycott du couvre-feu. À cette occasion, faites votre possible pour faire participer le maximum de femmes algériennes, faites en sorte que la manifestation soit encadrée par des militants expérimentés, évitez les provocations de tous bords.
4. Durant toute cette première phase, l’action de boycott sera soutenue par une action d’éclaircissement de l’opinion grâce à la diffusion massive du papier qui vous parviendra expliquant notre position et dénonçant le couvre-feu raciste et toutes les mesures répressives récemment pris par Papon. Nous vous rappelons que nous attendons les précisions indispensables pour la rédaction de papier.
Nous insistons sur la nécessité de nous envoyer d’extrême d’urgence tous les renseignements concernant les exécutions sommes déjà citées dans votre dernier rapport ainsi que les méfaits dont se sont faits responsables les policiers abattus.

2e phase

Selon les développements de la première phase de l’action qui se déroulera à Paris, il est à prévoir l’extension de l’action à l’ensemble de la France. À cet effet, nous prévoyons le programme suivant :
1. Action de solidarité sous forme de manifestations des femmes algériennes devant les préfectures des grands centres de province avec les mêmes slogans que ci-dessus.
2. Pour votre information : les autres services de la Fédération développeront une action d’information et d’explication auprès des partis politiques, syndicats, milieux universitaires, personnalités de gauche, etc., pour leur demander le soutien approprié.

3e phase

Déclenchement d’une grève générale de tous les Algériens. La durée de la grève est de 24 heures. Le lundi est à suggérer. Les commerçants participeront à cette grève générale par la fermeture de leurs établissements. Pour information : les détenus algériens dans toutes leurs prisons feront la grève de la faim le même jour que la grève générale. Les étudiants feront la grève des cours si ceux-ci ont commencé.
Observations générales :
Mettre en application la première phase qui concerne la région parisienne seulement. Au fur et à mesure du déroulement de chaque action, nous tenir au courant par des rapports détaillés.
Après l’application de la première phase, ne passez à la deuxième puis à la troisième qu’après directive expresse de la Fédération.
Fraternellement, Kr.

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